« Nous avons fait un beau voyage » (2016)


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Tarot Decameron, illustration de Giacinto Gaudenzi

Anastase est en train de remplir d’eau la grande bassine en zinc, dans laquelle nous nous lavons, il remplit aussi divers récipients. Ironique, il m’a demandé si c’était en prévision de son baptême, en levant les yeux au ciel, je lui ai répondu, que non, mais que ce serait pour laver, rincer les « objets du culte ».

Trolouinde n’a ni eau courante, ni électricité, mais une pompe à main reliée à un puits dans le jardin et une autre, toute petite, adorablement craquante, au-dessus de l’évier. Pour la lumière, quelques lampes à pétrole et des bougies…

– C’est le plus gros point noir de ma bicoque… aucun confort…

– C’est ce qui fait son charme… une maison hors du temps… un peu… comme un logis de hobbit…

– Appelle-moi Bilbo !

– Portenawak ! Tu es grand ! Tu es beau… rien à voir avec Bilbo !

– Je suis velu, comme lui !

–Tes pieds sont sexy, pas les siens !

– …

– C’est quoi cet air ? Tu as l’air tout soucieux…

– Je sais qu’on est d’accord sur le principe de vivre l’instant présent, mais… comment je vais faire quand tu devras rentrer chez toi ? 

Je le prends dans mes bras, je l’embrasse avec tout l’amour, tout le désir que j’éprouve pour lui.

– Raison de plus pour jouir pleinement de chaque moment… mon amour !

En prononçant ces deux mots, je caresse négligemment ses bourses du dos de ma main… Il me rend mon sourire et son regard redevient lumineux…

J’ai amené mon orchidée pour lui montrer le joujou qui me donne tant de plaisir. Elle repose sur la table, Anastase en avait déjà vu des photos, pourtant il a été surpris de sa légèreté, de sa douceur… Je ne sais pas encore si je m’en servirai, il ne sait pas encore s’il est prêt à assumer ce plaisir. Nous en parlons tout en buvant. J’aime la façon dont il s’empare de l’orchidée, dont il la regarde, la touche du bout des doigts, avant de ne plus lui prêter aucune attention… de poursuivre notre conversation, et de jouer machinalement avec, comme il le ferait d’un briquet posé sur la table. Soudain, il prend une profonde inspiration.

– Bon… on y va ? On commence par quoi ?

J’ai l’impression que ces quelques mots pèsent huit tonnes sur mes épaules… et si je n’y parvenais pas… si la route vers l’orgasme absolu se coupait avant de l’atteindre ? Si je stresse comme ça, je sais que nous n’y arriverons jamais…

– Pour y parvenir, un préambule est nécessaire… genre… une étape inévitable… viens… suis-moi…

Je lui prends la main et l’entraîne dans le jardin… l’après-midi s’est muté en soirée… il fait toujours aussi chaud, mais les rayons du soleil seront moins agressifs sur nos peaux… Je tourne autour d’Anastase en le regardant attentivement.

– T’ai-je déjà dit à quel point tu es beau, mon amour ?

– Non ! Jamais… tu ne me l’as jamais dit…

Je le caresse, le regarde droit dans les yeux.

– Tu es beau, mon amour… ! Tu es tellement beau… mon amour !

Je sens ses mains appuyer sur mes épaules

– Tu ne m’as jamais sucé non plus…

– Oh… c’est ballot… ! Je m’en vais réparer cet oubli, alors…

Agenouillée sur cette nappe de fortune, entre rires et promesse de plaisir, je suce la queue d’Anastase, comme si son goût m’était inconnu et que je cherchais à le découvrir.

– C’est si bon, avec toi, ma poupée… mon trésor… c’est tellement… simple… ooohhh… !

Guidée par ses mots, par les mouvements de son bassin… par ses mains sur ma nuque qui me maintiennent fermement, je sens ma bouche s’emplir de salive. J’ai beau déglutir, je la sens couler sur mon menton.

– Ooohhh… oui ! C’est bon… ! Oooohhh… tu mouilles de la bouche… ! Ooohhh… c’est bon… !

Le bruit de mes déglutitions, celui de son sexe allant et venant dans cet océan de salive, de son sexe s’enfonçant toujours davantage dans ma bouche, quasiment jusqu’à la gorge, m’électrise, me projette presque dans l’extase…

Il relâche soudain son emprise, libère ma bouche, se couche sur l’herbe et me demande d’en faire autant… quelques caresses, quelques baisers, ses doigts qui recueillent cette salive un peu visqueuse sur mon menton, sur mes joues… sa façon de faire mémoriser ce moment à sa peau… « Quand elle bave, qu’elle a bavé comme ça, c’est qu’elle m’a sucé comme elle vient de le faire… » Son sourire, avant de pivoter et de s’allonger sur moi…

Sa langue sur mon sexe, la mienne sur le sien, nous nous offrons un plaisir à la fois gourmand et gourmet, sans nous être concertés, simplement guidés par nos gémissements… Je nous sens entraînés dans cette vague qui enfle, qui nous fait accélérer nos baisers, nos caresses… puis nous fait ralentir… cesser nos baisers… pour retenir… pour retarder l’explosion de nos orgasmes… et nous fait redevenir avides…

Nous avons dû rouler dans cette position, parce que je me retrouve sur lui sans que nos corps aient été séparés… arrachés l’un à l’autre… je crie enfin, son sexe au milieu de ma bouche… je serre les cuisses à en étrangler Anastase… quand mon orgasme éclate, ma bouche devient si avide que son gland heurte le fond de ma gorge. Je sens son sperme couler sans en percevoir le goût. Je ne lui laisse aucun répit et l’entraîne dans la maisonnette, en faisant semblant de cocher une check-list « Pipe dans le jardin, suivie du 69 qui va bien, fait ! »

– Comment on fait si on n’a pas de jardin, pour la première étape ?

Aucune réponse coquine et drôle ne me vient à l’esprit, alors, je prends mon air le plus mystérieux.

– Ne me dis pas… tu aurais donc abusé de ma candeur ?

– Y’a moyen…

Il fait semblant de se plaindre de son rôle dans cette expérience, mais quand je lui dis que j’ai besoin de lui pour atteindre l’orgasme absolu et que ce que nous allons ressentir, éprouver n’appartiendra qu’à nous, ainsi que le voyage pour y parvenir, Anastase m’embrasse.

Nous profitons du peu de lumière pour nous câliner, le soleil bientôt couchant dont les rayons filtrent par les fenêtres minuscules et un peu sales sublime la couleur de son corps. Ses tatouages ressemblent à des symboles mystiques à décrypter après les avoir découverts sous poils…

– Si tu voyais comme je suis beau dans ton regard…

– Si tu pouvais enfin admettre que tu l’es, mon amour…

– Comme je sens bon quand tu me renifles comme ça…

– Comme tu sens bon, tout simplement, mon amour… ! Oui ! C’est ça… écarte tes cuisses…

– Oooh… !

Anastase est surpris d’avoir aimé la sensation du gel entre ses fesses, de rebander si vite, dès que mes doigts l’ont pénétré… je suis surprise qu’ils puissent le faire aussi facilement… de constater à quel point son corps et son esprit sont prêts…

– Mon amour… désires-tu connaître intimement mon amie l’orchidée ou souhaites-tu attendre encore un peu ?

Il n’a aucun besoin de répondre, ses cuisses s’ouvrent davantage… j’attrape un oreiller, il soulève ses fesses et nous le glissons sous elles. Pour que notre plaisir soit plus intense, je lèche son sexe d’une langue très humide tout en le pénétrant lentement, attentive à la moindre réaction de son corps. Ses doigts jouent avec mon sexe plus qu’il ne le caressent. Quand l’orchidée est au plus profond de lui, je m’allonge à ses côtés, tête bêche… il me suce le pied, puis la cheville, me demande de le chevaucher sans cesser de le sucer et sans arrêter mes caresses avec le jouet.

Je frémis de plaisir en entendant son cri de surprise ravie quand il découvre mon sexe trempé… J’aime sa manie de l’essuyer d’une caresse un peu sèche du dos de la  main, juste pour le plaisir de le voir briller à nouveau d’excitation. Enfin sa langue… ! Enfin, sa bouche gourmande… !

Blottis dans ce lit clos comme dans un nid, nous empruntons cette route où tous les sens sont à la fois étapes, destination et chemin… où le temps s’efface pour laisser place à la magie de l’instant.

J’aime à chaque fois que nos regards se croisent, quand je réalise que nous avons changé de position et qu’en essayant de me rappeler à quel moment, mon corps se souvient juste des sensations…

J’aime sa voix troublée quand il me parle dans cette langue qui nous est propre à cet instant précis, mélange de mots articulés, de mots vides de sens, de cris, de râles, de gémissements et de soupirs. J’aime les réactions d’Anastase quand je lui réponds de ma voix troublante, troublée. Quand toutes ces vibrations deviennent sensibles comme des caresses sur ma peau, quand je remarque qu’elle le sont aussi pour Anastase, je n’ai pas besoin de lui dire que nous atteignons l’orgasme absolu pour qu’il en prenne conscience.

Combien d’orgasmes auront été nécessaires ? Combien de temps ? Je ne saurais le dire et je m’en moque éperdument, seule compte la fusion, seules comptent ces bulles de plaisir qui éclatent en nous, qui nous unissent, nous enveloppent et nous absorbent.

Son sourire est la plus douce des caresses, quand il respire, l’éclat de son regard me renvoie les ondes du plaisir qu’il ressent, même avant qu’il ne me le dise, je sais que c’est réciproque.

– Tiens, mon amour…

Quand j’ai tendu le bras hors du lit clos, l’air sur ma peau m’a caressée, je l’ai ressenti avec autant de précision que si ça avait été une main légère. J’ai pris un verre d’eau, le lui ai tendu et j’ai guetté sa réaction.

– Ooohh… c’est fou… ! C’est… oooohhh…. !

Je me sers un verre.

– Je sais… regarde…

Ses yeux, sa bouche quand il voit le plaisir que je prends à sentir l’eau voyager à l’intérieur de mon corps ! Il me regarde encore et commence à chanter. Ma voix rejoint la sienne, l’accompagne, l’abandonne pour mieux revenir et s’emmêler à elle… Pour ne pas briser cette harmonie, ce sont mes yeux qui lui disent « Tu vois que ta voix est sensuelle et qu’elle me charme ! Regarde comme elle me fait vibrer quand tu chantes ! » et c’est sa main dans mes cheveux, c’est son regard comblé qui me répondent « Maintenant, oui… ma voix est celle dont je rêvais ! »

Au petit matin, quand le soleil a les yeux tous bouffis de sommeil et de rêves inachevés, nous sortons enfin de la maisonnette pour marcher, nus, main dans la main, dans le jardin… La  terre humide comme un corps en sueur, l’herbe que nous foulons procurent tant de sensations à Anastase, qu’il ne peut retenir un « Oh ! » de surprise. Mon regard suit le sien, mon regard suit sa main, je vois les petits jets de sperme et je devine son sourire…

Combien de temps durera cet état de plaisir total ? Je n’en ai aucune idée. La seule chose qui importe c’est que cet instant existe et que je le partage, que je le vive en harmonie avec Anastase. Je me blottis dans ses bras, rien n’est plus beau que le ciel de Trolouinde et les battements de nos cœurs qui se répondent.

Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas encore l’orchidée twins à laquelle je fais souvent allusion

La fortune sourit aux audacieux…

 

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