Résurrection (2016)


– Je voudrais que ce week-end ne s’arrête jamais, que le temps stoppe sa course définitivement…

– Ce n’est pas possible, tu le sais bien ! Le temps s’écoule, on ne peut rien faire d’autre que d’en profiter… jouir de chaque seconde…

– Oui, mais j’aimerais être un dieu et rendre ce moment éternel…

– Nous sommes humains, Anastase, mais nous avons le pouvoir de…

– Le pouvoir de ?

– De nous en inventer d’autres… de vivre d’autres moments tout aussi agréables… ! De ne rien figer, mais de laisser la vie nous surprendre dans cette course… !

Jeudi, fin d’après-midi

Nous avons eu cet échange il y a presque quatre jours. 90 heures exactement. Anastase voulait me laisser ses coordonnées. J’ai refusé. Je ne sais pas pourquoi. La peur, sans doute. Je lui ai proposé cette solution alternative. Quand il me sera possible de passer du temps avec lui, une nuit au minimum, je viendrai à la terrasse de ce café où nous nous sommes connus… où nous nous sommes trouvés et s’il en a l’envie…

Quatre jours de combat intérieur, de « tempête sous un crâne », quatre jours pendant lesquels la raison a égrené  tous ses arguments pour que je renonce à venir, quatre jours pour laisser à Anastase la possibilité de réfléchir de son côté et de renoncer à cette folie…

J’ai vécu ce week-end comme une parenthèse féérique dans ma vie. Elle m’a prouvé que je pouvais renaître de mes cendres, que tant que la vie coulera dans mes veines, tout sera toujours possible… Il me suffit juste d’ouvrir la porte de mon cœur à toutes ces merveilleuses surprises qui surgissent, incongrues, délicieuses, féériques…

Je suis assise à cette terrasse depuis deux heures. Deux heures à noircir les pages de mon cahier… Même s’il ne vient pas, Anastase m’aura offert tant de bonheur, de sérénité… Je ne regretterai jamais tout ce que nous avons partagé ensemble.

Et s’il ne vient pas aujourd’hui, je continuerai à m’asseoir sur cette chaise, devant cette table, chaque après-midi de cet été. Comme l’année dernière, je le passerai seule à Paris…

–Bonjour, Poupée !

J’ai sursauté quand, dans mon dos, Anastase a glissé ses mains dans les poches de ma robe magique, quand il a posé ses lèvres sur mon cou… Un tendre baiser puis, il s’est assis à mes côtés. Le serveur est arrivé. Anastase a regardé mon verre vide.

– La même chose que madame ! T’en veux un autre ?

– Oui

Le serveur est parti.

– Tu m’as manquée…

– Tu m’as manqué aussi…

Il regarde mon petit sac, à mes pieds.

– Tu as prévu des vêtements de rechange ?

Je suis, à nouveau, foudroyée par la lumière qui illumine son visage, ses yeux, son sourire…

– Quand tu me regardes comme ça…

Je voudrais trouver une réplique amusante sur cette phrase en suspens, mais je ne peux que le regarder et me laisser envahir par cette vague de bonheur infini qui me submerge. Je m’aperçois qu’elle est en train de le submerger aussi…

Le serveur revient, dépose les verres sur la table, je les paie sans attendre. Anastase boit une gorgée…

– C’EST QUOI ? !

– Du thé glacé…

– Je m’étonnais de ne pas te trouver devant une tasse de thé et… putain, tu ne bois donc que ça ? Du thé ?

– Ingrat !

J’ai vu la compréhension de mon allusion déplacée se forger un chemin dans le cerveau d’Anastase… Je souris, fière de l’avoir ainsi mis mal à l’aise.

– Ici ?

– Ici quoi ?

– J’ai cru que tu avais appris à rougir sur commande… rapport… à la récompense… !

– T’es infernale, poupée !

– C’est ta faute ! Tu me rends l’insouciance et la gaieté de mes vingt ans, baby !

Anastase se lève brusquement.

– Je voulais faire genre… genre « je suis pas mort de faim » mais je te regarde… tes silences… puis tes conneries… tes compliments en forme de reproches… poupée, ça fait quatre jours que j’attends ce moment… j’y tiens plus… viens !

Nous sommes encore dans la cage d’escalier de son immeuble quand nous nous déshabillons. Nous avons trop attendu. Nos corps ont trop besoin de fusionner. Nous ne pensons pas une seconde qu’à cette heure, un voisin pourrait nous croiser.

J’ai plaqué Anastase contre le mur. Ma bouche embrasse chaque cm² de sa peau… Je n’ai même plus la force de le taquiner, de faire semblant d’ignorer son sexe dressé… Putain, qu’il est beau !

Toutes mes craintes, toutes ces bonnes raisons qui m’ont contrainte à rester loin de lui pendant ces 90 longues heures me paraissent minables… Oui, son corps est bien plus jeune que le mien, mais qu’importe ! Cet homme que je désire avec une telle violence n’a pas plus d’âge terrestre que je n’en ai !

– Oh… ma poupée !

Ses mains guident mon visage et je redécouvre son odeur avec un ravissement incroyable… Il va et vient dans ma bouche… encore et encore… je le sens sur le point de jouir… Je m’apprête à déguster son plaisir quand il sort de ma bouche…

À mon tour, poupée… à mon tour !

Je me retrouve à la place où il était, plaquée contre ce mur froid… ses mains… sa bouche avide…

– Oohh… baby…! Continue… !

– C’est… c’est bon… c’est bon… !

Il fait vibrer ses cordes vocales, les lèvres collées contre mon sexe que ses doigts maintiennent ouvert… Comment, par quel sortilège a-t-il pu deviner que c’est ainsi que je voulais jouir ? Je l’ignorais avant cet instant… !

Je m’affaisse sous la violence de mes sensations. Je voudrais le plaquer contre le mur, pour le sucer encore et le faire jouir enfin, mais je n’ai pas la force de résister à sa main qui attrape la mienne et nous montons les dernières marches qui nous séparaient de son pallier.

Il ouvre la porte, jette mes affaires et les siennes sur la sol. J’ai à peine le temps de remarquer les boîtes de préservatifs qu’il me demande, ironique :

– Tu me regardes faire ? Tu en as toujours envie ?

– Et comment, beau mâle ! Et comment ! Montre-moi comment tu habilles ta jolie queue !

– Aide-moi… tu veux bien m’aider, poupée ?

Nos mains unies déroulent la capote le long de son sexe… Je le sens vibrer, sa respiration sifflante m’électrise…

– Ooohh… tu es si…

– Regarde-moi, poupée ! Regarde-moi !

Je le regarde. Un air de reproche douloureux dans ses yeux contraste avec sa queue si guillerette…

– Pourquoi ? Pourquoi ? Tu as hésité ? Tu ne voulais plus de moi ?

– Tu sais bien que non !

– Alors… pourquoi ?

– Fais-moi l’amour avant… ne laisse pas mes craintes remonter à la surface… je t’en prie… fais-moi l’amour comme tu en as rêvé…

Anastase m’installe au bord de son lit. La lumière violente de cette fin d’après-midi resplendit sur son corps, le faisant chatoyer. Il écarte mes jambes, pose mes mollets sur ses épaules, plante son regard dans le mien, me pénètre au ralenti, guettant le moindre de mes frémissements…

Je ferme les yeux pour laisser les sensations de ce moment parfait se graver en moi à tout jamais… comme un tatouage sensoriel…

Il est presque complètement entré en moi quand il est pris d’une frénésie, d’une fougue sauvage… la surprise me fait ouvrir les yeux.

– Tu aimes quand je te baise comme ça, salope ? Tu aimes ? Dis-le !

– Ooohh…

– DIS-LE !

– Oui ! J’aime… ooohh… j’aime quand… quand tu me baises… oohh… comme ça… !

Ses mains se crispent sur mes hanches… il accélère encore… Je jouis presque malgré moi de cette étreinte violente… mais que c’est bon !

Je n’ai pas le temps de m’accoutumer à ses mouvements brusques, à ses caresses rugueuses, qu’il redevient tendre et délicat… doux… les mouvements très lents…

– Et comme ça, ma poupée d’amour ? Tu aimes ?

– Ooohh…

– Dis-le moi, ma poupée… dis-le moi… !

– Oohh… oui… je t’… oui… j’aime… !

– Elle t’a manqué, ma queue ? Tu en as rêvé ?

– Ooooohhh…

Il accélère un peu…

– Non… pas ta… ooohhh… pas ta queue… c’est de toi dont… ooohhh… oooohhh… c’est de… oohh… oui… comme ça… ! C’est toi… qui m’as tant… oooooohhhh… manqué !

– Ooohh… ma poupée… !

À nouveau, il redevient tendre… ses mots comme ses gestes sont d’une douceur incroyable… puis revient la sauvagerie et les mots crus qui claquent comme des coups de fouet…

Je me noie dans mes sensations et mes mots se transforment en gémissements, en cris, en mélopée orientale… Je perds toute notion du temps…

– Je vais jouir, poupée…

Le ton de sa voix m’oblige à le regarder. Je comprends ce qu’il veut et lui donne, en silence, mon accord…

– Je… je peux ?

– Mon… oohh… mon corps est… à toi… oohh… décore-le… si… hmmm… encore… ! si tu… ooohhh… ta main… ! si…

D’une main, il maintient mon sexe ouvert comme s’il voulait y revenir… de l’autre, il retire sa capote et jouit sur mon corps… entre mes seins…

– Tu me rends belle, baby… !

Sa main attrape la mienne… il dessine un cœur avec nos doigts mêlés… Il me regarde, sourit en lisant dans mes yeux, le désir que j’ai…

– Tiens… régale-toi, ma gourmande… !

Son sexe dans ma bouche, mon corps repus de plaisir, couvert de son sperme qui commence déjà à sécher, je regarde Anastase. Ses mots… sa voix… me font renaître de mes cendres… et me donnent la force de lui parler de mes craintes et de mes blessures…

Durant ces 90 heures, Anastase écrit cette lettre qu’il n’osera pas donner à lire avant six longs mois

À l’heure des confidences…

Feniks par Igreeny
Feniks par Igreeny
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