Châtiment sensoriel (2016)


Un été à Paris (août 2014)

Une sortie en forêt était programmée. Une sortie pour fêter « on ne sait pas quoi encore, mais on finira bien par trouver » malheureusement, quelques jours avant cette escapade, le déluge a commencé. Puis, il a pris de l’ampleur.

Nous nous retrouvons dans ce qui est en train de devenir NOTRE appartement. Votre optimisme me sidère et m’amuse tout à la fois…

– Quand bien même la pluie cesserait de tomber, le sol est imbibé d’eau ! L’inconfort a ses limites, tout de même ! Enfin… je veux dire froid + pluie + vent + gadoue… maintenant qu’on peut éviter ces inconvénients, je préfère m’abstenir… 

J’ai pesté en constatant qu’en plus, il ne restait plus de thé.

Tu as voulu défroisser ce voile de mauvaise humeur qui commençait à recouvrir mon visage, alors, tu nous as servi un verre de rhum. Puis un autre… et encore un autre…

Pablito ouvre la fenêtre en grand, comme si son geste théâtral pouvait chasser les nuages et faire briller un soleil estival… ! Une bourrasque lui arrache un des vantaux des mains, le faisant claquer contre le mur.

Je suis assise devant mon verre de rhum et le vent vient projeter sur mes bras quelques gouttes de cette pluie glacée. Ivre, j’éclate de rire.

– Tu me la joues comme dans la blague du bordel japonais !

Vous vous regardez, interloqués.

– Quelle blague ?

Je suis surprise que vous ne la connaissiez pas. Surtout toi, mon Prince ! Cette blague figurait au Panthéon de l’humour de notre adolescence et nous avons souvent les mêmes références en la matière. Je souris, mystérieuse et commence à vous la raconter.

« La rue de la honte » – Kenji Mizoguchi, 1956

– C’est un GI qui va dans un bordel à Tokyo. Il y a trois putes, elles présentent chacune leur spécialité. La première, « La brouette japonaise au pied du Mont Fuji » le GI n’est pas intéressé. La seconde « Baisers parfumés et attachants à l’ombre des cerisiers en fleurs » là, le GI est carrément blasé… on lui avait vanté des trucs de folie, que personne ne fait nulle part ailleurs et…  Vachement déçu le GI, puisqu’il est là, demande à la dernière ce qu’elle propose… « Typhon sur Tokushima » Alors, d’un coup, ça le branche bien ! Oui, il est partant pour le « typhon sur Tokushima » ! Il paie. Cher. Très cher. Il suit la pute, ils entrent dans la chambre. Elle lui arrache ses fringues, l’attache à un poteau. Il commence à bander sévère. Elle allume un énorme ventilateur qui crache sur lui un souffle glacé. Ce qui excite le GI un peu plus encore. Ensuite, elle pose une cuvette pleine d’eau froide devant le ventilo… du coup, il est aspergé de grosses gouttes froides… En même temps, elle a pris de fines branches recouvertes d’épines et le fouette violemment. Il en peut plus… sa bite va exploser tellement il bande ! « Viens, viens me sucer… viens que je te prenne ! » Alors, elle lui balance la cuvette d’eau glacée en pleine tronche en lui disant « Baiser par ce temps ? Non, mais ça va pas la tête ? ! »

Vous voir éclater de rire est la plus belle des récompenses. Tu regardes Pablito.

– Une telle insolence mérite une sanction, non ?

Depuis votre anniversaire, depuis que j’ai vu « la machine infernale » , tu n’as plus besoin de la démonter en mon absence et de la cacher dans la cave. Vous vous contentez de la replier et de la glisser, pour une partie sous le lit et pour l’autre, entre l’armoire et le mur.

Dès que tu as prononcé le mot « sanction » j’ai lu dans tes yeux que j’allais me retrouver attachée, soumise à vos fessées. En pensant au contact des liens sur mes poignets, sur mes chevilles, en pensant à vos claques sur mes fesses, sur mon ventre, sur mes seins, mon corps s’est embrasé.

J’entends le bruit de ces meubles que vous déplacez, les cliquetis de la machine que vous assemblez, je sens la caresse de mes doigts sur mon sexe déjà humide. Mes seins sont lourds de désir, je voudrais que vous les suciez, que vous les mordilliez, que vous les maltraitiez un peu…

Pablito vient me chercher. Il retire ma main fichée entre mes cuisses et lèche mes doigts avec un plaisir évident. Il m’embrasse dans le cou. Je me lève et passe devant lui pour entrer dans la chambre. Il me claque les fesses.

– Pas ce sourire-là, ma Fée ! Pas ce sourire… !

Comment aurais-je pu ne pas sourire ? La machine, en position verticale, est installée face à la fenêtre grande ouverte et je sais que je me prendrai des paquets de pluie sur le corps durant cette sanction. Pablito s’occupe d’entraver mes poignets, quant à toi, tu te charges des chevilles. Outch ! Que cette claque sur ma vulve est agréable… ! Je voudrais te regarder, mais Pablito m’a bandé les yeux. C’est donc aveugle que je subirai ma punition…

Mon corps se prépare à recevoir vos fessées, vos pincements, vos morsures, mais anticiper la sanction, c’est en réduire la portée…

– Si tu veux recevoir du plaisir, il te faudra deviner ce que nous serons en train de faire, bien au chaud dans le lit, à l’abri des intempéries… 

– Et si je me trompe ?

– Rien… nous ne te ferons rien !

– … ou presque…

– Ça veut dire quoi, « ou presque » Pablicito ?

– Ça veut dire… ou presque…

J’essaie de vous apitoyer en geignant un peu, mais tu me fais remarquer que c’est une sanction. Ce qui est exact. Hélas !

– Pablito se déshabille…

Je sens tes doigts entre mes fesses, puis une douce claque.

– Exact !

– Maintenant, c’est toi qui retires ton pantalon…

Pablito me lèche le dos… sa langue agile et guillerette remonte le long de ma colonne vertébrale.

– Exact !

Vous vous éloignez de moi, mais je reconnais le bruit particulier de la bouche de Pablito quand il te suce. J’ai droit à une caresse en guise de récompense. Pendant un petit quart d’heure, je ne commets aucune erreur. Vous vous en étonnez. Serais-je une sorcière dotée du don de double-vue ? Vous connaissez le bandeau, vous savez qu’il me rend réellement aveugle, vous œuvrez dans mon dos… entravée comme je le suis, même si j’avais les yeux ouverts, je ne pourrais voir que l’immeuble qui nous fait face, de l’autre côté de la cour…

– Ce n’est plus une punition, si tu ne te trompes jamais !

Ta voix grave est chaude de ton excitation, avec cette pointe grinçante qui me rend folle à chaque fois… Est-ce l’ivresse due à l’alcool ? Est-ce cette ambiance incroyablement érotique ? Je commets ma première erreur.

– Aucun don de double-vue, mon Prince… je me fie aux sons… ! C’est aussi simple que ça !

Alors, tu mets cet album suffisamment fort pour couvrir le bruit de vos baisers, de vos râles. Je proteste.

– La musique est trop forte pour que je puisse entendre quoi que ce soit et surtout… le son va rebondir de mur en mur et quelqu’un traversant la cour pourrait avoir l’idée de lever la tête pour voir d’où viennent ces notes… Que verrait-il ? Moi, nue, entravée devant la fenêtre ouverte !

– Tu n’aimes plus le risque de te faire surprendre ? Tu ne trouves plus ça excitant ?

En murmurant ces mots à mon oreille, Pablito serre sa main sur mon pubis et je retrouve cette sensation, entre douleur et plaisir… mais d’une façon qui nous était, jusque là, inconnue.

Un éclair de plaisir est sur le point de me traverser quand le vent se déchaîne, projetant des milliers de gouttes glacées sur la partie de mon corps exposée aux intempéries. Pablito t’informe que je suis au bord de l’orgasme et que vous devez cesser de me toucher le temps que mon plaisir décroisse. Je gémis.

– C’est une sanction ou ce n’est pas une sanction ?

Combien de temps a duré ma punition ? Les morceaux se sont enchaînés, l’album fini, le suivant sur ta playlist l’a remplacé et ainsi de suite…

J’ai parfois donné la bonne réponse, mais je me suis trompée le plus souvent. Alors, vous me décriviez, avec force détails, vos gestes, l’effet qu’ils produisaient sur vous, mais vous me refusiez tout contact.

Quand mon ivresse s’est évaporée, vous m’avez offert « le verre de la condamnée » . C’est à cet instant que vous avez décidé de mettre fin à ma punition, en me faisant l’amour à tour de rôle, puis ensemble, vous deux en moi.

Mon cœur s’est un peu affolé quand j’ai compris que vous n’avez pas joui l’un de l’autre, que vous avez choisi de partager vos orgasmes respectifs avec moi. Comme ça nous arrive de plus en plus souvent, cet orgasme collectif a été d’une puissance incroyable.

Crédit photo : Rebeccaplotnick

La pluie tombe toujours. Il n’y a personne dans la cour quand vous me rendez la vue, quand vous me détachez enfin.

Pablito masse mes articulations endolories. Tu me demandes quelle pensée saugrenue fait naître ce sourire énigmatique sur mon visage encore ruisselant de pluie.

– Je me demande quelle autre blague pourrait me valoir une autre sanction tout aussi jouissive…

Vous me souriez et nous redevenons un.

Mais après la pluie, revient le beau temps…

 

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4 réflexions sur “Châtiment sensoriel (2016)

  1. Aaahhh! « Baba O’Riley » sans la déformation du générique des « Experts ». Oui, j’avoue il m’arrive de regarder cette américanerie les soirs de solitude. Que de souvenirs lorsque en 71 cet album a bouleversé toute une génération d’ados: la mienne. C’était en classe de seconde au lycée A. Camus de Bois-Colombes.
    Il ne se passe pas une soirée entre amis d’enfance où, dans les vapeurs de substances alcoolisées « Behind Blue Eyes », cet album fait son intrusion dans nos discussions à refaire le monde…
    Magnifique concert « Quadrophenia » à Bercy le 3 juillet 2013!
    « La nostalgie n’est plus ce qu’elle était » disait la grande Simone Signoret!
    Enfin lire vos lignes en écoutant The Who, quel délice…
    Merci.
    rcp84

    Aimé par 1 personne

    1. Merci à vous… Je tenais aux Who, et comme j’avais déjà utilisé Tommy, j’ai choisi l’album que je préfère, à savoir « Who’s next? » et puis… Tommy… c’eut été sombrer dans la facilité, non ? 😉

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      1. Pourtant bien des titres de Tommy eussent illustré votre charmant récit : Amazing Journey, I’m free, Sensation mais vous avez raison : ne pas abuser des bonnes choses, quoique…
        « Who’s next » : le titre de l’album est éloquent et parle de lui-même…
        rcp84

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      2. Je m’étais déjà servi du morceau « Sensation » dans le texte éponyme.
        Texte où, par ailleurs, « la machine infernale » fait son entrée dans les jeux érotiques du Prince et de sa Fée… 😉
        Je note, avec un amusement certain, que les deux autres titres que vous me suggérez avaient déjà leur place dans ma tête pour une aventure prochaine de mon trouple…

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