Espace fumeur (2016)


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– AAARRGHH !

Tous les ans, à la même période, nous avons droit au « déjeuner convivial et informel de tout le service » où nos chefs font semblant de s’intéresser à nos vies et où nous faisons semblant de rire à leurs blagues. Je crois que nous sommes moins dupes qu’ils ne le sont.

Avant, je me réjouissais de ces repas, parce que c’était une occasion de casser la routine, d’aller en plein Paris, d’avoir un bon prétexte pour ne pas travailler l’après-midi et surtout, de bien manger et bien boire aux frais de la princesse.

La liste des inconvénients s’est allongée au fil des ans. Il me devient difficile de m’esclaffer aux plaisanteries bien lourdes, machistes et homophobes, un poil racistes « mais je plaisante, bien sûr ! » ; les collègues avec lesquels je m’entendais bien ne travaillent plus dans le service et j’ai l’impression d’être une alcoolo si je prends autre chose qu’un kir à l’apéro…

Pour « éviter de perdre trop de temps » le menu a été réservé à l’avance par la direction… ça sent les restrictions budgétaires, et la convivialité façon kolkhoze ne m’excite pas vraiment.

Je m’ennuie ferme et je regarde ce bal des faux-culs avec une certaine aigreur qui ne m’est pas coutumière.

Je profite de mon statut de fumeuse invétérée pour sortir du restau et faire quelques pas dans la rue.

Sur le trottoir, en cherchant un briquet dans mon sac, je remarque, à quelques pas de moi, une silhouette qui m’est familière…

Pablito est en train de fumer, lui aussi. Il me tourne le dos. Il porte un pantalon magique et a une main dans sa poche…

Il n’en faut pas plus pour me redonner le sourire ! Je m’approche en silence et, dans son dos, lui sussurre à l’oreille

– Alors, comme ça, on s’astique sur la voie publique ?

– AAARRGHH !

Il voudrait râler, mais mon éclat de rire est communicatif. J’aime le regard qu’il pose sur moi…

– Qu’est-ce que tu fais ici ?

– Je grille les beaux mâles en train de se tripoter… T’as un peu de temps devant toi ?

– Euh… pas vraiment… je suis sorti fumer une clope en attendant mon plat…

– Combien ?

– Cinq ou dix minutes, grand max…

Je regarde autour de nous, repère dans un renfoncement, une porte cochère mal fermée.

– Viens !

J’entraîne Pablito, le fais entrer dans l’avant-cour, ferme la porte, le plaque contre elle et m’agenouille…

– T’es folle ! Si on nous voit…

– T’as vu comme tu bandes, Pablicito ? Faut pas rester dans cet état là…. ! En tout cas, moi je ne le peux pas…

– Ooohhh… ta bouche… ! Putain ! C’est tellement bon ! Ta bouche…

J’attrape sa main, la pose sur ma nuque… ses doigts se crispent et il comprend ce que je veux…

En me tirant les cheveux, il imprime le mouvement, son rythme… comme s’il me contraignait.

–C’est tellement bon… tellement bon…

Il accélère la cadence… s’enfonce de plus en plus profond dans ma bouche… en sort tout à fait… je fais semblant d’avoir les lèvres forcées à chaque fois qu’il entre entre elles…

– … tellement bon… tellement BON !

Son sexe semble durcir encore et s’allonger un peu… je sens couler la salive sur mon menton… ma pipe devient très bruyante…

Il accélère encore… se sert de ses deux mains pour que je l’avale tout à fait…

– … tellement… ooohhh… ooohh… OOOHHH !

Son ventre contre mon front, ses cuisses auxquelles je m’accroche, sont secoués de spasmes d’une violence rare quand il jouit en criant si fort que les habitants de la galaxie la plus éloignée de la Terre vont porter plainte pour tapage…

Il s’est affaissé contre la porte et j’ai bien cru qu’il allait s’évanouir.

Je me relève, me blottis dans ses bras avec la certitude qu’il en a plus besoin que moi…

– Ça va, Pablicito de mon cœur ?

Il a besoin d’un long baiser tendre et cochon, comme je les aime, avant de pouvoir me répondre.

J’aime sa façon de passer sa main dans mes cheveux… brutale et respectueuse… J’aimerais que nous ayons plus de temps… j’ai envie de lui… envie qu’il me malmène et me cajole tout à la fois… Mais nous devons retourner dans nos restaurants respectifs…

– Ça va… putain… j’étais ailleurs… !

Je suis en train d’ouvrir la lourde porte quand il soulève ma robe. Il fronce les sourcils.

– Une robe qui n’est pas magique, c’était déjà une faute… mais en plus, MADAME a mis une culotte ! Quelle est ton excuse ?

Je ne réponds rien, mais quand la porte est grande ouverte, alors qu’il a déjà un pied sur le trottoir, je la retire et l’enfonce dans la poche de sa veste.

– Pour que tu puisses sentir combien j’aime te sucer comme ça… !

Je le laisse, sidéré et lui fais un petit signe de la main en entrant dans le restaurant.

Les serveurs commencent à peine à déposer nos assiettes.

Un collègue me fait remarquer :

– Ça t’a fait du bien dis donc d’aller fumer… tu as l’air moins tendue, plus souriante…

– T’as raison, je suis vraiment accro… !

À trop enfreindre les lois, on risque une interpellation

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9 réflexions sur “Espace fumeur (2016)

      1. oui c’est exactement ça , presque envie de dire ça sent le vécu , tellement les détails sont présent enfin Bravo ….raconté une aventure sur un fond lié au sexe sans plus de vulgarité mais tellement d’image concrète, comme dans la vie réel , oui c’est ça Une Tranche de Vie

        Aimé par 1 personne

    1. la cigarette est en ce sens la métaphore même de la vie dont nous avons non pas la propriété mais tout juste l’usufruit. On vit comme on fume : au jour le jour, bouffée après bouffée lol

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