Avant que l’océan ne nous sépare (2015)


Laura den Hertog « First communion »

Le soleil coule sur ma peau. Je le sens nettement. Il n’est ni mon allié, ni mon ennemi. Il ne me dore pas, mais ne me brûle pas non plus. Je pense à tout ceci, attablée à cette terrasse que j’ai faite mienne.

J’aime observer les passants dans cette rue.

J’aime sentir les battements de mon cœur s’accélérer à l’approche de l’heure où nous serons enfin réunis.

Je ne veux pas penser à demain, à ces longues semaines où nous serons séparés.

Je veux juste penser à cette petite heure où je serai dans tes bras.

Un rayon de soleil m’a obligée à tourner mon visage vers la gauche. Le temps que mes yeux s’accoutument à cette soudaine et vive luminosité, j’ai vu ta voiture s’engager dans la rue.

Je te rejoins. Tu es irrité et enjoué, mais le curseur n’est pas tout à fait au milieu de ces deux sentiments qui s’expriment sur ton visage. Tu es plus enjoué qu’irrité.

Comme toujours, tu cherches le lieu idéal pour cette brève étreinte.

Pourquoi n’y réfléchissons-nous pas d’avantage avant de nous donner rendez-vous ?

Peut-être pour le fun…

Mais surtout parce que nous savons qu’il nous faut être flexibles, puisque l’imprévu est souvent de mise dans les lieux publics.

Tu me proposes d’aller dans ce parc où nous avons redécouvert les délices de ma bouche et de ton sexe réunis. Malheureusement, il nous est impossible de nous garer à proximité.

Tu n’as pas le temps de chercher une place. Nous tentons alors de nous rendre dans un autre parc, aux alentours.

Pareil, cet été caniculaire pousse les parisiens hors de leur domicile et les places de stationnement ont été prises d’assaut.

De toute façon, il y aurait eu trop de monde. À coup sûr, nous nous serions faits surprendre.

Dans vingt minutes, tu devras regagner tes pénates.

Le curseur s’est radicalement déplacé, entre déception et rage contenue.

Tu me proposes de me déposer à la station de métro la plus proche.

– Rien ne t’interdit de te garer dans une rue pas trop passante…

Je ne finis pas ma phrase, mon regard mutin s’en charge. Tu retrouves ton sourire et fais allusion à nos aventures passées.

Quinze ans déjà… !

Détendu, tu m’indiques cette rue, cette parcelle presque provinciale de ce quartier parisien que tu connais si bien.

Elle me fait penser à cette autre, où j’aime déambuler.

Je te le dis.

Tu me regardes, souriant, approbateur.

J’aime ces petits éclairs de complicité dans nos regards, ils brillent de mille feux. Ce sont les pierres précieuses que j’aime m’offrir, nous offrir.

Tu trouves la rue idéale et une place pour stationner.

Il fait tellement chaud… ton moteur à l’arrêt nous interdit l’utilisation de la clim’… les passants qui remontent la rue, nous interdisent d’ouvrir les fenêtres… Nous allons cuire dans ta voiture…

Prévoyante, peut-être extra-lucide, j’ai apporté de quoi nous hydrater.

Rien n’entame notre bonne humeur, ni les allers et venues répétées de cette famille, ni ce vieux soixante-huitard, garé devant nous, qui vide lentement le coffre de sa voiture en nous faisant de grands sourires.

Comme il est d’usage entre nous, je dois m’interrompre dès que tu remarques l’arrivée d’un passant potentiellement curieux.

Ces pauses répétées nous permettent de parler de choses sérieuses, de choses futiles, et aussi de rire…

L’heure tourne, mais à chaque fois que tu es sur le point de jouir, tu me demandes d’arrêter. Je te rappelle tes obligations. Tu ne veux pas y songer. Pas maintenant, pas tout de suite…

J’aime la moiteur de ta peau et ton regard quand je te le dis.

Nous sommes ailleurs, dans notre bulle, conscients d’être visibles, conscients d’être sur terre, conscients des minutes qui filent, mais totalement indifférents à ces réalités.

Tu reçois un message, un rappel à l’ordre de tes obligations…

Alors, alors seulement, tu consens à jouir enfin dans ma bouche…

Tes mots… ta voix… la pression de ta main… ton râle… ! J’ai la sensation d’atterrir en décollant…

Le trouble de la situation, la folie sensuelle dans laquelle, une fois encore, tu m’as entraînée expliquent, à coup sûr, ce larcin commis par inadvertance. Certes, je ne cherche pas à le minimiser, à le justifier… D’ailleurs, je te laisse choisir la sanction pour le réparer ! La pensée de celle-ci me permet de supporter ton absence….

Pour abolir la distance…

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Une réflexion sur “Avant que l’océan ne nous sépare (2015)

  1. J’ai lu ce texte une première fois, laissé passer la nuit, et je le relis maintenant.

    J’y retrouve ma première impression, celle d’un instant capturé presque de façon globale, du déplacement du rai de lumière à la terrasse du café et des échanges entre amants, mais aussi de la camaraderie un peu joueuse de ces étreintes fugaces et clandestines.

    Et cette maximisation des sensations et des sentiments qui précèdent la séparation, on la reconnait, cette intensité.

    Le tableau qui illustre m’a fait penser à l’Ophélie pré-raphaëlite… (Millais ou Rossetti ?)

    Tout ça pour dire que je l’apprécie, ce texte, en amoureux des squares et des rues tranquilles, et de limpression de vie qui s’impose à nous dans ces moments choisis.

    Aimé par 2 people

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